L'aumônerie de rue
Dans les rues, à la suite du Christ



Extrait du magazine télévisé PARABOLES - Alsace Media consacré à l'aumônerie de rue.

par Cathy WEISS le 31/07/2017

L’aumônerie de rue

L'homme disait : ne vous arrêtez pas, je ne suis pas bien et ... Puis sa parole s'est perdue dans un labyrinthe de difficultés et le long des trottoirs de la ville. J'ai alors, posé, doucement ma main sur son bras. Je le pouvais, je le connaissais depuis bien des temps, en lui disant juste que j'ai été heureuse de le voir.

L'aumônerie de rue oecuménique, protestante et catholique, missionnée pour être une présence d'église dans les rues depuis février 2011,  n’est ni distributive, ni un service social dans sa manière d’être, mais juste une démarche, humble, simple et solide. Nous la voulons à la suite du Christ. Elle se frotte parfois au rugueux de l’asphalte et des grandes interrogations. La rue est bruyante, arrogante dans son opulence, printanière dans sa manière de ne pas voir, injuste pour ceux et celles dont elle devient « un habitat de honte ». Nos rencontres, pour ces « habitants hors de nos frontières de fréquentation », nous disent, par une réelle proximité, des histoires complexes, de grandes pauvretés, de pathologies diverses, d’abdications, d’abandons, de frustrations, de violences et de fonctionnements qui nous échappent.

Avoir un comportement d'invité
Etre bénévole dans l’aumônerie de rue, c’est vouloir être «réellement » présent, leur témoigner publiquement une attention par un arrêt bienveillant et attentif et laisser la rencontre se faire…. ou pas ! C’est nous qui venons chez la personne et non le contraire. Nous devons avoir un comportement d’invité, être heureux de venir et respectueux de la personne que nous visitons.
Beaucoup de passants regardent la lune ou de l’autre côté de la rue, afin d’échapper à la vision de cet « Homme » qui mendie, qui, par sa pauvreté, par son alcoolisme, par son non conformisme, par son agitation ou par son « indécence » de ne pas travailler, les gène. Par crainte, par peur de ne pas savoir ou par confort, on ne s’arrête pas à sa hauteur, c’est peut-être comme lire l’évangile et ignorer les passages qui nous « barbent » par leurs exigences vis-à-vis des plus petits. A force de sortir toutes les semaines, nous savons bien que beaucoup n’ont pas fait l’expérience de l’amour dans leur vie.

Trouver Dieu dans la beauté ou à la marge
Adhérer à cette idée un peu folle, qu’ils sont aimés de Dieu, on peut le comprendre, est assez rébarbatif. Nous savons depuis longtemps que l’on peut trouver Dieu dans la beauté des choses mais aussi à la marge. Dans la violence de la rue, dans la crasse, dans des coins, dans des cartons, sous des porches, dans des lieux où même nos chiens ne vivent pas, oui, nous l’affirmons. Nos vies sont différentes mais le socle est pareil. Humain par Dieu et par amour. Nous les écoutons, parlons, partageons dans nos tournées, les invitons les premiers samedis de chaque mois pour un temps convivial et spirituel où parfois, au-delà, des ruptures sociales, au-delà des précarités, la véritable rencontre devient grâce.

Redonner une dimension sociale
Etre bénévole à l’aumônerie de rue, c’est l’apprentissage de l’humilité, du silence, d’histoires de blessures et de confidences. C’est entre le : ah, je suis content que tu sois venu et le « va te faire foutre ». C’est aussi le merci d’hommes très abimés, d’autres qui disent : c’est si bien ici avec vous ou encore, M… qui dit : je n’ai presque rien, mais si je donne à l’autre qui a encore moins, je deviens riche de cela, de A.. qui dit : avec vous j’avance, de G…qui dit : heureusement que tu m’écoutes...
Oui, c’est regarder, écouter, celui au sol ou qui habite sur un banc, comme un homme et lui redonner une dimension sociale. Il existe et il est important pour quelqu’un. C’est de se souvenir de son nom, de son anniversaire, de le visiter à l’hôpital, de l’orienter vers des services adaptés à sa demande, c’est de s’assoir avec lui ou elle pour un café. C’est savoir se baisser et être Relais. Relais de Celui, qui profondément l’aime !